Over the past decade, Bauer has developed a remarkably consistent, exquisitely crafted and conceptually stimulating body of work in photography. While she has recently extended her interests to spatial conversations between the image, the photographic apparatus and sculptural works with a particular focus on the reflective qualities of glass, Bauer’s practice is firmly grounded in an investigation of the technical gaze. Her images lead viewers into the trajectory of a walker, at once a flâneur, a wanderer, a beholder and a tourist, using her medium and large format cameras that recreate the pace and sensorial impressions of a human body in and through space.
The exhibition Sunday is Violet loosely connects three photographic ensembles that together manifest Bauer’s rigorous and fervent love for the processual. White roses softly cascading against a veil of chemicals, are made apparent by using expired black-and-white polaroid film. A bee is captured swooning in the corolla of a delicate Japanese anemone, barely trembled by the wind during long exposures. Alongside these are pocket-size snapshots inlaid into dazzling hand-mirrored glass panels. These are delightful, mundane visions encountered in gardens—familiar sites in Bauer’s work—although they could have been shot anywhere, far or near. What matters here is the embodied act and labour of crafting an image.
For the first time, the artist has ventured into working in pure analog, from film exposure to the printed image. In the darkroom with a master printer, Bauer spent days and weeks selecting and discussing the negatives, one at a time, preparing the chemicals, manipulating the large photographic paper, exposing it, developing it, washing it, waiting for it to dry and reveal the image, assessing the print, putting it to rest, starting all over again—until she would eventually encounter an image, coagulated by time. This is less about the flower than the time, gestures and intimacy that allow it to blossom. Image-making understood as a gardening practice.
Still, the flower insists. It is seen up close, as if the lens of the camera would touch its petals. It is magnified to match the scale of the human body, and the colour analog process gives it exceptional depth and poise. It has become an architecture of its own, a refuge for the bee as well as for our gaze.
In fact, the built environment that so frequently frames Bauer’s images seems to have been displaced inside the 4x5 camera, which at times is filled with litter, pierced with holes or veiled with a filter. Normally invisible processes are similarly externalized. The very chemical substance that reveals the photographic image and which is made visible here like a distorting glass against the bloom—silver nitrate—is also what turns glass panels into reflective mirrors. Moving away from previous reflections on modern architecture and site, Bauer architecturally explores photographic ways of dwelling. The final work is two-dimensional, yet it has become habitable.
By reconfiguring how photography and sculpture, architecture and garden are interlaced in her practice, Bauer creates a liminal space: one of fantasy, entanglement and in-betweenness mirroring the reflective operations of the camera, where things and their image, the inside and the outside, are literally scanned and then collapsed into a single image. Breaking away from serialized conceptions and displays of photography, the uneven arrangement of the works in the gallery makes room for images to live their own life, grow, and cross-pollinate maybe. This is an invitation for viewers to feel the images—see them with our entire body, touch them with our eyes, and breathe with them.
— Ji-Yoon Han
Lorna Bauer élabore depuis dix ans une œuvre photographique d’une cohérence remarquable, dont l’exécution est aussi exquise que la démarche, captivante. Tout en ayant élargi sa pratique à des conversations spatiales entre l'image, le dispositif photographique et des œuvres sculpturales, avec un intérêt marqué pour les qualités réfléchissantes du verre, Bauer est résolument engagée dans une recherche sur le regard « appareillé ». Ses images nous entraînent dans le sillage d'un·e marcheur·se, un chemin de flânerie et d’errance, d’observation attentive mais aussi de consommation rétinienne. Réalisées à l'aide d’appareils de moyen et grand formats, elles recréent le rythme et les sensations d'un corps humain dans et à travers l'espace.
L'exposition Sunday is Violet associe librement trois corpus photographiques qui – ensemble – manifestent la passion rigoureuse et fervente de Bauer pour le processus. Des roses blanches tombent mollement en cascade contre un voile de produits chimiques révélés par l'utilisation d'un film polaroïd noir et blanc périmé. Une abeille est saisie en train de se pâmer dans la corolle d'une délicate anémone japonaise, à peine troublée par le vent malgré un temps d’exposition long. Ailleurs encore, de petites photos souvenir sont enchâssées dans d'éblouissants miroirs réalisés de manière artisanale, avec la collaboration d’un maître verrier. Ce sont des visions délicieuses et ordinaires cueillies dans des jardins – des lieux familiers dans l’œuvre de Bauer –, mais elles auraient pu être prises n'importe où, ici ou ailleurs. Car ce qui compte ici, davantage que le lieu, c'est l’implication et le travail du corps dans la fabrication d'une image.
Pour la première fois, l'artiste s'est aventurée dans une démarche intégralement argentique, depuis l'exposition du film jusqu’à l'image imprimée. Dans la chambre noire avec un maître tireur, Bauer a passé des jours et des semaines à sélectionner les négatifs et à en discuter, l’un après l’autre – à préparer les produits chimiques – à manipuler le papier photographique de grand format, à l'exposer, le développer et le laver, attendre qu'il sèche et révèle l'image – à évaluer le tirage et à le mettre au repos – pour tout recommencer, jusqu'à ce qu’une image vienne à sa rencontre, coagulée par le temps. La fleur importe moins que la durée, les gestes répétés et l’intimité qui lui permettent de fleurir. Ou comment faire des images comme on fait son jardin.
Pourtant, la fleur insiste. Elle est vue de près, comme si l'objectif de l'appareil photo allait toucher ses pétales. Elle est agrandie à l'échelle d’un corps humain et le procédé argentique en couleur lui donne une profondeur et une prestance exceptionnelles. La voilà devenue une architecture à part entière, un refuge pour l'abeille comme pour notre regard.
À vrai dire, l'environnement bâti qui structure si souvent les images de Bauer semble avoir été déplacé à l'intérieur de l'appareil 4x5, qui est parfois rempli de détritus, percé de trous ou doublé par un filtre. Des processus d’ordinaire invisibles sont par ailleurs rendus manifestes. Le nitrate d’argent, cette substance chimique qui révèle l'image photographique et qui s’expose tel un verre déformant contre les rosiers, est aussi le composé grâce auquel les panneaux de verre sont transformés en miroirs. S'éloignant de ses réflexions antérieures sur l'architecture moderne et sur l’exploration de sites spécifiques, Bauer adopte ici une approche architecturale pour construire des modes d’existence avec la photographie. L'œuvre finale est bidimensionnelle, mais elle est devenue habitable.
En reconfigurant la manière dont la photographie et la sculpture, l'architecture et le jardin s’entrelacent dans sa pratique, Bauer crée un espace entre : un espace de fantasme, d'enchevêtrement et de lisière tout à la fois, un miroir des opérations dédoublées de l'appareil photo, là où les choses et leur reflet, l'intérieur et l'extérieur, sont littéralement décomposés puis cristallisés en une image. Rompant avec les conceptions et les présentations sérielles de la photographie, la disposition irrégulière dans la galerie offre aux œuvres un espace pour vivre leur vie propre, pour croître et, qui sait, pour se fertiliser réciproquement. Voici une invitation à ressentir les images – à les voir de tout notre corps, à les toucher des yeux et à respirer avec elles.
— Ji-Yoon Han
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