“That wall,” Shawerim kindly explains, “prevents you from seeing. It prevents me from seeing too, but also from being seen.”
— Shawerim Coocoo in the documentary Le mur invisible (2020), by Laurence B. Lemaire.
The frame is both a material and conceptual device that is used literally and metaphorically: it directs attention by demarcating the periphery of an image, blocking everything beyond it, or by designating the limits of a subject, power, or identity. In this sense, going beyond the frame is akin to coming out of the closet or breaking the glass ceiling. It means rejecting labels, models, and definitions in order to assert oneself and take one’s rightful place. Through photography, sculpture, performance, textiles, collage, and video, artists Lorna Bauer, Marie-Claire Blais, Nadège Grebmeier Forget, Alicia Henry, Tau Lewis, Michaëlle Sergile, and Eve Tagny each uniquely defy prescribed norms and conventions. Their works shift perspectives to engage with what lies beyond the frame. They resist the constraints that define the mental and physical spaces of those who identify as women. When confronting these works, we are invited to recognize the blind spots that underlie our own judgements—these “walls that prevent us from seeing”—and to rethink how others can be and present themselves as women. The esthetic strategies adopted by these artists go well beyond issues of representation to offer other formal and material explorations that express the pressures exerted on bodies that exist at the crossroads of multiple force fields.
« Ce mur-là, explique gentiment Shawerim, t’empêche de voir. Moi, ça m’empêche de voir, mais aussi d’être vue. »
—Shawerim Coocoo, dans le documentaire Le mur invisible (2020), réalisé par Laurence B. Lemaire
Il ne suffit pas de regarder pour voir. John Berger, dans « Voir le voir » (1972), rappelle que ce que nous voyons – notre manière d’interpréter ce qui se présente à la vue – est affecté par nos connaissances et nos croyances. Un an plus tard, dans un essai sur la photographie, Susan Sontag renchérissait : « Ce qui conditionne la possibilité d’être affecté au niveau moral par des photographies – j’ajouterais ici par des œuvres d’art en général –, c’est l’existence d’une conscience politique à leur sujet. » Après plus de 150 ans de luttes féministes conjuguées aux dénonciations du racisme qui marque également la vie des femmes noires, il devrait être impossible de détourner le regard. C’est armé de cette sensibilité que je vous engage à voir les œuvres des artistes présentées dans cette exposition.
Le cadre est un outil tant matériel que conceptuel, qui sert littéralement et métaphoriquement : il dirige l’attention en délimitant les pourtours d’une image, évacuant son hors-champ, ou sert de limites assignées à un sujet, à un pouvoir, à une identité. En ce sens, sortir du cadre équivaut à sortir du placard ou à défoncer le plafond de verre, c’est-à-dire à refuser les désignations, les modèles et les définitions pour s’affirmer et prendre sa place. À travers leur emploi de la photographie, de la sculpture, de la performance, du textile, du collage et de la vidéo, les artistes Lorna Bauer, Marie-Claire Blais, Nadège Grebmeier Forget, Alicia Henry, Tau Lewis, Michaëlle Sergile et Eve Tagny défient chacune à leur façon les conventions et les normes prescrites. En variant les points de vue, leurs œuvres dialoguent avec le hors-champ. Elles résistent aux confinements qui concernent autant les idées que les espaces dédiés aux sujets qui s’identifient comme femmes. Devant leurs œuvres, nous sommes invités à prendre conscience des œillères qui sous-tendent nos jugements – ces « murs qui nous empêchent de voir » – et à s’interroger sur les façons d’être et de paraître femmes. Les stratégies esthétiques adoptées par les artistes dépassent les enjeux de la représentation et proposent des explorations matérielles et formelles qui figurent autrement les pressions exercées sur les corps, situés à l’intersection de plusieurs champs de forces.
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